Il était une fois...
... la saison 1952
18 mai 1952. Grand prix de suisse, première course de la saison. Piero
Taruffi s’impose sur sa Ferrari 500F2. Est-ce la simple continuation de la
domination croissante des Ferrari à la fin de la saison 1951 ? Pas
vraiment... Il se passe énormément de choses cette saison là ...
Début 1952, c’est le grand chambardement. Alfa-Romeo s’est retirée depuis sa
victoire in-extremis de 1951. Le règlement technique a été modifié. Pour
limiter la vitesse croissante des monoplaces, qui évoluaient à quelques
mètres, pour ne pas dire quelques centimètres d’un public parfois
inconscient et toujours peu protégé, on décide début 51 une réduction de
cylindrée pour 1954. Les moteurs seront des 2,5 litres non compressés ou des
750 cm3 compressés. Après une courte valse-hésitation, notamment à cause de
Mercedes, qui prépare son retour à la compétition et qui espérait créer un
moteur dérivé de la W165 V8 à compresseur d’avant guerre, le nouveau
règlement est entériné.
Les saisons 1952 et 1953 auraient dû se dérouler avec le même règlement que
les deux premières. Mais depuis le retrait d’Alfa, les choses ont changé.
Ferrari reste sans concurrent sérieux. Les autres équipes ne font des
apparitions sporadiques. Talbot, en liquidation judiciaire, n’envisage pas
une modernisation radicale de ses voitures déjà dépassées. On se dirige vers
deux saisons sans le moindre intérêt, une démonstration de force des Ferrari
375.
Au dernier moment la fédération décide donc de remplacer les championnats 52
et 53 de Formule 1 par celui de Formule 2, au plateau plus fourni, en
attendant la mise en place du nouveau règlement.
Cette décision, si, comme on le verra, ne changera pas grand chose à la
domination de Ferrari, dont les voitures sont également très performantes
dans le « petit championnat », a des répercussions importantes. Elle va
permettre à des pilotes de F2, comme l’éclectique Stirling Moss de se mettre
en valeur. Et à de petits constructeurs, anglais notamment, qui ne
fabriquent pas leur moteur, d’entrer dans la cour des grands.
Ce sera le cas par exemple de Cooper. Cooper, c’est la construction
« empirique », des voitures rustiques, construites dans un petit garage,
propulsées par un modeste moteur Bristol, en réalité un BMW saisi au titre
des dommages de guerre. Mais c’est une assez bonne voiture, bon marché. Un
des pilotes « clients » de Cooper s’illustrera par son talent sous les yeux
d’Enzo Ferrari, ce qui le mènera loin : Mike Hawthorn.
En fait, 1952 c’est le début de la fin de l’ère strictement latine de la F1.
En attendant, Ferrari, alignera quatre 500F2 officielles. C’est une voiture
qui a déjà dominé le championnat F2 1951. Les pilotes seront comme la saison
dernière Ascari et Villoresi, complétés par Farina, champion 1950, transfuge
d’Alfa-Romeo, et Taruffi.
Fangio, champion en titre, et Gonzalez, premier vainqueur de Grand-Prix pour
Ferrari, sont engagés par Maserati. Leur voiture, l’A6GCM n’est pas prête
pour le début de saison mais le V6 Maserati est potentiellement plus
puissant que le 4 cylindres Ferrari.
Fagioli, le dernier des 3F d’Alfa-Romeo, est mort suite à un accident aux
essais du Prix de Monte-Carlo le 31 mai.
Amédée Gordini, quant à lui, a vu son partenariat avec Simca cesser avec le
changement de formule. Mais ses pilotes Maurice Trintignant, le prince
Birabongse Bhanutej Bhanubandh, membre de la famille royale du Siam ( !), et
surtout Jean Behra, s’illustreront à de multiples reprises, exploitant la
légéreté du chassis T16, mais luttant contre une fiabilité douteuse. En
effet, Gordini, en difficultés financières, exploite ses pièces mécaniques
jusqu’à la dernière limite. Mais Behra se permettra de battre les Ferrari Ã
Reims, hors championnat.
Enfin 1952, c’est le renouveau du sport automobile allemand. Après le retour
de leur Grand-Prix en 1951, constructeurs et pilotes commencent à se faire
plus nombreux. Mercedes, qui ne désire pas développer une voiture pour
seulement deux ans, reste absente. Elle se prépare pour 1954...
En Suisse c’est donc la Ferrari de Taruffi qui l’emporte. Mais Ascari est
absent. Il court aux 500 miles d’Indianapolis, sans succès, il abandonnera
sur casse mécanique. Maserati n’est pas représentée, car la voiture n’est
pas prête. La domination des Ferrari sera donc sans partage. Behra finit
troisième sur la Gordini.
Maserati n’est qu’au début de ses peines...
Samedi 7 juin 1952. Ulster Trophy, course de formule libre, en Irlande. Le
prince « Bira » abandonne en tout début de course. Il s’envole pour Monza dans
son avion privé. Une course de Formule 1 hors championnat y a lieu le
lendemain. Il n’attend pas Juan-Manuel Fangio, qui continue la course, et
qui devait rentrer avec lui.
Le pilote argentin s’envole donc en fin de journée pour Paris, où il ne
trouve pas de connexion pour Milan. Il va faire Paris-Milan en voiture, en
4CV, dans la nuit. Il arrive à Monza 30 minutes avant le départ, le
dimanche. C’est une course importante pour lui, elle ne compte pas pour le
championnat, mais la Maserati A6GCM est enfin prête, c’est sa première
sortie. Fangio prend le départ, probablement épuisé. Sa course durera trois
tours. Il sort de la piste, se blesse sérieusement aux vertèbres, l’argentin
ne courra aucune course de la saison 1952 de Formule 1.
Suite à l’accident de Fangio, Maserati annonce son forfait pour le début de
la saison. Elle vend tout de même quelques A6GCM à une écurie brésilienne
aux pilotes de second plan, qui auront du mal à l’exploiter.
Le 22 juin, à Spa, Ascari, de retour en Formule 1, emporte sa première
victoire de la saison. Sous la pluie, Behra et sa Gordini ont de nouveau
brillé, même si ils ne terminent pas la course.
Pour Ascari et sa 500F2, c’est une belle série qui commence. Il enchaînera
par deux victoires faciles au Grand-Prix de l’ACF, Ã Rouen-Les Essarts, puis
en Grande-Bretagne. A Silverstone, devant son public, Hawthorn fait son
premier podium, 3eme.
En Allemagne, Maserati aligne enfin une A6GCM usine. Mais Fangio est
toujours convalescent et, comble de malchance, Gonzalez s’est blessé lors
d’une course au Portugal. Après être partie de la troisième ligne, la
Maserati tant attendue, pilotée par Bonetto sera finalement éliminée au
drapeau noir pour avoir été poussée par des spectateurs après un tête Ã
queue. Alberto Ascari fera à nouveau preuve de son talent : leader à 2 tours
de la fin, sa Ferrari se vide de son huile. Il arrive au stand, couvert de
lubrifiant, pour refaire le plein. Farina le passe pendant son arrêt, Ascari
repart avec 10 secondes de retard. En deux tours, il va rattraper son
coéquipier, le dépasser, et terminer avec 14 secondes d’avance.
Rien ne pourra arrêter Ascari cette saison là ... Il gagnera encore en
Hollande, à Zandvoort, où Hawthorn parviendra tout de même, sur sa modeste
Cooper, Ã croiser le fer avec les Ferrari tant en course qu’aux
qualifications. Puis l’italien terminera en beauté, invaincu en championnat,
à Monza. Mais en Italie, le deuxième, c’est Froilan Gonzalez, enfin rétabli.
Les Maserati, grâce à une stratégie audacieuse, sont parvenues à tenir un
moment les Ferrari en respect. Elles s’inclinent, mais de peu...
Résultats du championnat :
1er : Alberto Ascari (Ferrari) 44,5 points (52,5 marqués)
2eme : Giuseppe Farina (Ferrari) 25 points (28 marqués)
3eme : Piero Taruffi (Ferrari) 22 points
En 1952, l’objectif de la Commission Sportive Internationale était (déjà ?)
de pallier à la domination écrasante d’une écurie unique. Les Ferrari ont
néanmoins survolé le championnat, mais elles ont bien été aidées par les
absences de Maserati, de Gonzalez et surtout de Fangio. Ca fait beaucoup...
En 1953, l’A6GCM sera là , et ses pilotes aussi...
A suivre...
Christian_F1