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Il était une fois...
... la saison 1965

1965 est la dernière année de la formule 1500 cm3. Sous la pression du public, la CSI a décidé en décembre 1963 de porter la cylindrée des moteurs à 3 litres à partir de 1966. On observe par conséquent cette année un statu-quo au niveau des châssis des principales équipes. Les seules innovations notables qui apparaîtront en course de saison se feront au niveau des moteurs.

Face à l’excellent V8 BRM, qui dispose cette année d’évolutions prévues au niveau de la chambre de combustion et des soupapes, Climax doit tenir son rang. Sous la pression notamment des tractations de Chapman avec Honda, la firme de Coventry a développé un 16 cylindres à plat qui en restera au stade du banc d’essais, mais aussi une version 32 soupapes de son V8. Il en sera fabriqué deux exemplaires, légèrement différents, l’un pour Brabham et l’autre pour Lotus. Mais l’un comme l’autre ils seront d’une fiabilité douteuse.

Chez Lotus, on est en train de perdre, comme Cooper, le marché des voitures privées. Les clients se rabattent progressivement sur les Brabham, plus simples à régler et entretenir que les Lotus 25B ou 33. Brabham envisage d’ailleurs de se retirer à la fin de l’année et de laisser le pilotage à Gurney. Il a l’intention de céder progressivement sa place à Denis Hulme, l’ours néo-zélandais, mécanicien et ami de Black Jack, un personnage taciturne mais attachant. Mais Gurney, comme son patron, rêve de conduire sa propre voiture...

BRM a réussi à engager le très convoité Jackie Stewart. L’Ecossais, tireur de compétition à l’origine, a fait preuve d’un talent étonnant dans d’autres formules. Il remplace Ginther, que l’équipe ne trouve pas suffisamment motivé.

Comme BRM et Climax, Honda améliore son moteur. La RA272, dérivée de la RA271 se distingue par un nouveau système d’injection qui remplace les carburateurs de moto de sa devancière. Bucknum, bien conscient de ne pouvoir exploiter à fond le potentiel de la voiture, a insisté pour que la firme japonaise engage Ginther, dont les talents de metteur au point sont bien connus, et finira même par s’effacer devant lui.

Deux équipes majeures sont dans une situation délicate. Tout d’abord, John Cooper, très affecté par la mort de son père, se retire, et confie la gestion de son équipe à Roy Salvadori. Phil Hill, suite aux relations très tendues avec Cooper l’année précédente, a mis un terme a sa carrière. Le coéquipier de McLaren au volant des T77, des T73 à peine modifiées, sera désormais Jochen Rindt, espoir autrichien qui domine de façon insolente la F2, et qui ne sera pas tendre non plus envers son équipe.

Chez Ferrari également la situation est tendue. Les relations entre John Surtees et le directeur sportif Dragoni se dégradent peu à peu. Ce dernier veut privilégier Bandini, qui à ses yeux a l’immense avantage d’être italien. Inutile de préciser que cela n’est guère du goût de Surtees, auréolé de son titre fraîchement acquis. Mais ce sera Bandini qui disposera de la 1512 à 12 cylindre, Surtees devra faire avec la 158.

Dès le début de saison, en Afrique du Sud, Jim Clark affiche ses prétentions. Chapman a corrigé les défauts de jeunesse de la Lotus 33, et Clark réalise la pole, mène de bout en bout, et l’emporte devant Surtees et Hill en réalisant le meilleur tour.

Mais à Monaco Clark est absent, il est parti remporter les 500 miles d’Indianapolis, et le team Lotus est forfait. Par conséquent, c’est Hill qui est en pole, et au départ, les BRM s’envolent en tête. Mais, gêné par une voiture au ralenti, Hill doit prendre une échappatoire. Flegme britannique oblige, il sort calmement de sa voiture, la pousse pour rejoindre la piste, puis redémarre son moteur et repart quatrième. Stewart fait un tête à queue alors qu’il est en tête, et Hill se retrouve troisième derrière Bandini et Surtees, plus rapide que son coéquipier, mais à qui l’italien refuse céder. La BRM remonte donc sur les Ferrari, et Surtees, dégoûté, la laisse passer. Bandini va devoir s’incliner, Surtees tombe en panne d’essence à l’avant dernier tour, et Graham Hill remporte ainsi son troisième Grand-Prix de Monaco.

Clark et Lotus sont de retour à Spa, avec le Climax 32 soupapes. Mais cela n’empêche pas Hill de réaliser une nouvelle pole devant son rival. Stewart fait preuve de son talent en se classant troisième aux essais, en première ligne, alors qu’il découvre le circuit. Mais alors que les voitures sont en pré-grille, le ciel se déchaîne et la piste est détrempée. Dans ces conditions, même si Hill parvient à prendre la tête au départ, Clark, blotti dans son sillage, ne fait qu’une bouchée de lui, s’impose avec grande classe et prend la tête au championnat. Hill, dont la voiture était mal réglée pour la pluie, ne finit que cinquième. En course, on a pu voir Gurney, rejeté par son stand, s’arrêter au bord de la piste pour modifier lui même ses réglages pour la pluie. Autre époque.

Le Grand-Prix de l’ACF se dispute pour la première fois à Clermont-Ferrand, sur le circuit de Charade. Les installations sont tellement exigues qu’on limite le nombre de participants, et on interdit à Brabham d’aligner une troisième voiture. Il cède sa place à Denny Hulme, et ce dernier va mériter la confiance de son patron, puisqu’il réalise le meilleur temps de la première séance d’essais, suite aux sorties de Clark et Hill. Mais le deuxième jour, tout rentre dans l’ordre, et Clark, qui conduit pourtant une voiture modèle 64, réalise la pole devant un Stewart décidément bien prometteur. En course, le pilote Lotus va réaliser un nouveau cavalier seul, et l’emporter devant Stewart et Surtees.

A silverstone, Clark remporte sa quatrième victoire de la saison, la plus difficile. Après une courte bataille avec Ginther, qui a pris la tête au départ, l’écossais s’envole en tête. Mais son moteur se met à bafouiller, et, en fin de course, alors que la Lotus compte 17 secondes d’avance sur Hill, le Climax a tellement peu d’huile qu’il déjauge dans les virages. Hill remonte très fort, mais Clark parvient à conserver la tête pour trois secondes.

Le champion écossais a démontré une fois de plus qu’il savait s’accommoder de circonstances défavorables. A Zandvoort, encore, il casse son 32 soupapes aux essais, et doit se qualifier, puis courir avec un mulet 16 soupapes, mal préparé et mal réglé. Ginther prend encore le départ en tête avec sa Honda et mène les trois premiers tours, puis se fait passer à Tarzan par Hill, et deux tours plus tard, au même endroit, par Clark. Malgré sa voiture moyennement performante, ce dernier va dans le même tour passer la BRM et finalement l’emporter devant Stewart.

1965 est définitivement l’année de Jim Clark. Il est sacré champion eu Nurburgring, après une course menée de bout en bout. Il est alors invaincu cette saison.

Mais sa série victorieuse va prendre fin au 65eme tour du Grand-Prix d’Italie. Après un début de course où Surtees a réussi à passer la Lotus et à mener la course à la grande joie des tiffosis avant d’abandonner, le Grand-Prix se résume à une lutte entre Clark et les deux BRM. Soudain, on passe à ces dernières un signal leur permettant de prendre des tours supplémentaires. Aspiré derrière Stewart et Hill qui montent à 11700 tours, le moteur de Clark grimpe de 10350 à 10800 tours/min et ne résiste pas à un tel traitement. On assiste alors à un doublé BRM et à la première victoire de Stewart, après un travers de Hill dans la parabolique qui lui a fait perdre le contact avec son coéquipier.

Graham Hill, considéré comme premier pilote, est vexé de cette défaite. Mais il aura sa revanche aux Etats-Unis. Surtees est absent jusqu’à la fin de saison, car il s’est blessé en courant sur une Lola en CanAm. Cet accident va contribuer à détériorer encore plus les relations entre le champion anglais et son équipe. Hill réalise la pole, et part en tête devant Clark. Cette fois-ci, c’est Stewart qui part à la faute en tentant de passer Ginther. Le moteur de Clark va à nouveau le lâcher, et après quelques péripéties dont un tête à queue, Hill remporte pour la troisième fois consécutive la course de Watkins Glen, sauvant ainsi sa deuxième place au championnat, sérieusement menacée par Stewart.

Le dernier Grand Prix de la formule 1500 a lieu au Mexique. Dans une atmosphère de fin de saison très détendue, Clark réalise la pole devant Gurney. Mais chez Honda, on reste concentré. La RA272 s’est bien comportée tout au long de l’année, mais sans concrétiser. Il faut des résultats ! Ginther se qualifie troisième, et va tirer profit du travail sérieux de Honda : le système d’injection est parfaitement réglé pour limiter au maximum la perte de puissance due à l’altitude. Il prend la tête au départ, et est lui-même surpris de la facilité avec laquelle il se détache. Ginther ne sera jamais rejoint et remporte la première victoire de Honda. Ni Clark, ni les BRM n’ont terminé.

Résultats des championnats :

Pilotes :

 1er : Jim Clark (Lotus) : 54 points
 2eme : Graham Hill (BRM) : 40 points (47 marqués)
 3eme : Jackie Stewart (BRM) : 33 points (40 marqués).

Constructeurs :

 1er : Lotus : 54 points (59 marqués)
 2eme : BRM : 45 points (61 marqués)
 3eme : Brabham : 27 points (32 marqués)

Les « mini-F1 » ont vécu, place à la puissance. Cette période aura été marquée de façon éclatante par l’exceptionnel Jim Clark, qui aurait très bien pu être sacré 4 fois les 5 dernières années, si il n’avait pas perdu à deux reprises le titre à la dernière course sur problème mécanique. Dorénavant, outre son rival Graham Hill, il va devoir composer avec l’exceptionnel Stewart, qui fait partie du club très fermé des pilotes ayant gagné à leur première saison.

Mais il ne faut pas oublier Ferrari. La Scuderia, ces dernières années, a eu de gros succès en sport avec des voitures de forte cylindrée. C’est dire que chez les rouges, on attend avec grande confiance l’arrivée de la formule 3 litres, d’autant plus que début 1965, Climax a annoncé son retrait.

A suivre...

Christian_F1



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