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Il était une fois...
... ...la saison 1963

1963 marque la fin d’une année de transition pour Ferrari, avec notamment l’arrivée de John Surtees. L’anglais, 7 fois champion du monde moto, dispose d’un prestige important en Italie, et l’on compte beaucoup sur lui.

Avec son coéquipier Mairesse, il doit disposer à terme d’un tout nouveau matériel : Forghieri et le staff technique travaillent dur sur un nouveau V8, un 12 cylindre à plat et un nouveau châssis monocoque. En attendant on aligne des 156 très modifiées, animées par le V6 rajeuni par un système à injection Bosch qui gagne ainsi 10 chevaux et devient le moteur le plus puissant du plateau. Phil Hill, lui, a quitté l’équipe pour ATS, où il vivra une saison bien difficile.

Chez Lotus, on sent que l’on n’est pas loin de toucher au but avec les trois victoires de Jim Clark l’année précédente. On le conserve donc avec Taylor au volant des Lotus 25, propulsées par la dernière version du Climax V8 à injection qui comble le handicap de puissance sur les BRM. Les voitures clients, elles, sont toujours des 24, au grand dam des écuries privées.

Les solutions techniques de Lotus font des émules. Chez BRM, où l’on garde Graham Hill et Richie Ginther, on débute la saison avec la 578, mais une nouvelle voiture, à châssis semi-monocoque, la 61, est à l’étude. Chez Cooper, on aligne une nouvelle voiture, plus petite et plus légère, la T66, propulsée par le V8 Climax dernier modèle, toujours aux mains de Maggs et McLaren.

Mais John Cooper est victime d’un accident au printemps, et il devra être remplacé dans les stands par un personnage haut en couleur, dont on reparlera beaucoup, qui fait déjà courir les Cooper en Formule Junior, après avoir été marchand de bois, membre de la RAF et pilote de course : Ken Tyrrell.

Chez Brabham, par contre, on ne croit pas au monocoque. On aligne cette saison la BT7, une très proche évolution de la BT3. La voiture n’est pas révolutionnaire, mais se révélera très rapide, car testée en soufflerie. Mais l’atout de Brabham, c’est Dan Gurney, libéré par le retrait de Porsche, qui devient clairement le premier pilote de l’écurie, Brabham se contentant de l’assister.

En effet, Porsche a fait ses comptes. Son engagement en F1 pèse lourdement sur son budget, et la firme ne peut plus se permettre de tels investissements, avec un résultat bien faible par rapport aux ambitions du constructeurs, proche de celles de Mercedes en son temps. Bonnier a de son côté été engagé par Walker.

Finalement, les forces en présence n’ont pas été fondamentalement modifiées par rapport à l’année précédente. Graham Hill va-t-il réussir à s’imposer à nouveau ?

A Monaco, Clark est en pole et Hill juste à côté de lui, sur une grille à deux colonnes. Derrière eux, Ginther et Surtees, dans le même temps. En course, Clark a un problème avec la mise à l’air libre de son réservoir, et ce sont les deux BRM qui partent en tête, Hill devant. Mais il va les rattraper et les passer, avant de voir sa boîte le lâcher au 78eme tour. Ainsi Hill l’emporte devant Ginther et McLaren. Surtees a éprouvé des problèmes pendant la course, a été distancé, mais réussit tout de même à finir 4eme.

Peut-être la saison 63 va-t-elle beaucoup ressembler à 1962...

Semblant de confirmation aux essais de Spa, où Les Lotus sont en difficulté. Taylor détruit sa 25, Clark est huitième seulement, en troisième ligne, et c’est Hill qui réalise la pole.

Mais en course, la saison va prendre son véritable visage. Sur une piste humide, Clark double tout le monde au départ et passe l’Eau Rouge en tête. Il domine de façon impressionnante le Grand-Prix, malgré des problèmes de boîte. Hill, lui, doit abandonner, et Gurney est installé en deuxième position. Chez Brabham, on croit que la course est terminée. Mais McLaren, troisième, remonte très fort et on lui passe les panneaux très discrètement. Ainsi, logé dans le sillage de Clark qui prend un tour à tout le monde, il fond sur Gurney qui ne se doute de rien. McLaren le passe, finit second et prend ainsi la tête au championnat.

Mais Clark se montre incroyablement supérieur. En Hollande, où Mairesse est absent car il s’est blessé aux 24 heures du Mans et est remplacé par Scarfiotti, l’écossais part en pole, prend la tête au départ, et gagne avec un tour d’avance sur tous les autres pilotes. La lutte se résume à celle pour la seconde place. C’est Gurney qui en hérite, après les abandons de Hill, Brabham et Surtees.

Chez BRM, on commence à comprendre que Hill a bien peu de chances cette année, et l’on décide par conséquent d’aligner pour Reims la nouvelle 61, qui en est encore au stade du développement, mais qu’on espère faire ainsi progresser rapidement. C’est une déception. Elle souffre d’un défaut majeur de rigidité, créé par une structure hybride : l’avant est monocoque, mais le moteur est enfermé dans une structure tubulaire, et la jonction entre les deux parties de la voiture présente un gros point faible.

A Reims, donc, où Scarfiotti s’est blessé à son tour aux essais, Hill cale sur la ligne de départ, est poussé pour démarrer et écope d’une minute de pénalité. Clark, lui, part en tête mais se sait moins rapide en ligne droite que ses adversaires. Il va donc intelligemment se laisser dépasser et suivre ses concurrents dans leur aspiration. Son moteur montre soudain des signes de faiblesse, mais il est sauvé par la pluie qui limite son handicap de puissance et il gagne finalement devant la Cooper de Maggs et la BRM de Hill.

Jim Clark est une nouvelle fois en pole à Silverstone, où l’on trouve une seule Ferrari suite aux blessures à répétition des pilotes de la Scuderia, et où Hill retrouve sa 578. L’écossais est seulement cinquième à l’issue du premier tour car la Lotus est affectée d’un survirage dû à ses pneus, mais il lui suffit simplement d’un peu de temps pour s’y accoutumer, et il retrouve la tête au quatrième tour avant de s’adjuger sa quatrième victoire consécutive. Hill tombe en panne d’essence en fin de course et finit troisième, passé par Surtees qui avait rajouté lui-même un petit réservoir supplémentaire à sa Ferrari ! Désormais, Clark est en tête du championnat avec 36 points, devant Hill qui n’en compte que 17 : les jeux semblent faits.

Mais la série de l’écossais prend fin en Allemagne. Mairesse est de retour pour conduire la seconde Ferrari, mais se blesse à nouveau au premier tour de la course et met un terme à sa carrière. Clark, qui est encore parti en pole, semble s’envoler vers une nouvelle victoire, mais il a un problème de moteur et doit s’incliner après une courte lutte avec Surtees, qui remporte son premier Grand-Prix. Ferrari n’avait plus gagné depuis le tragique Monza 61 où Von Trips avait trouvé la mort.

« Gentleman Jim » déclare à l’issue de la course qu’il aurait été battu même si son moteur avait fonctionné correctement et que la victoire de Surtees est amplement méritée. Il est décidément bien de la même veine que Fangio et Moss.

A Monza, l’italien Lorenzo Bandini remplace Mairesse. Ferrari aligne à domicile son nouveau châssis semi-monocoque, la 156 « Aero », conçue pour être propulsée par le V8 de Forghieri, mais qui ne dispose encore que du V6. La course est prévue sur le grand circuit à l’anneau, mais suite à une sortie aux essais, on décide finalement de courir sur le circuit routier. Surtees prend la pole avec la 156 Aero. Clark est encore confronté à son problème de vitesse de pointe, il n’est que troisième derrière Hill qui a choisi de courir sur la 61. Le pilote Lotus prend le départ en tête, mais comme à Reims, préfère se laisser rattraper, jouer de l’aspiration, et l’emporte après les abandons de Gurney et Hill qui le précédaient. Surtees a également été lâché par son moteur. Jim Clark remporte ainsi son premier titre.

Victorieuse, l’équipe Lotus a un passage à vide à Watkins Glen, où l’on assiste pour la première fois à une pré-grille. Les pilotes se placent à une centaine de mètres de la véritable grille, démarrent, et se positionnent moteur tournant pour le départ. Cela évite que les voitures calées obstruent la piste. Mais Clark ne parvient pas à démarrer, et part donc dernier, avec près d’un tour de retard. La course se résume à un superbe duel entre Hill et Surtees. Ce dernier prend le dessus, mais est une nouvelle fois trahi par son moteur, et c’est donc Hill qui l’emporte devant Ginther.

Mais Clark remet les choses au point pour les deux dernières courses de la saison. Il s’impose au Mexique, sur le moderne et luxueux circuit de Mexico, et en Afrique du Sud. A chaque fois, Surtees s’est brillamment comporté avant d’être trahi par sa mécanique.

L’écossais a remporté sept victoires cette saison, sur dix courses. Le record tiendra un moment. Il faudra un certain Ayrton Senna pour l’effacer, mais en 16 Grands-Prix.

Résultats des championnats :

- Pilotes : 1er - Jim Clark (Lotus) : 54 points (73 marqués)
2eme - Graham Hill (BRM), 29 points et Richie Ginther, 29 points (34 marqués)

- Constructeurs : 1er - Lotus : 54 points (74 marqués)
2eme - BRM : 36 points (50 marqués)
3eme - Brabham : 28 points (30 marqués)

Le tandem Clark-Lotus a totalement dominé la saison 63. Qui va pouvoir contester cette supériorité ? BRM semble s’être un peu fourvoyé avec sa 61, mais Surtees semble prometteur au volant de sa 156 Aero. Surtout que l’on disposera bientôt du nouveau V8 chez Ferrari.

Qui plus est, le cheval cabré est en renouveau. Ford a tenté de racheter l’équipe dans le cadre de son « Total Performance Program », afin de gagner les 24 heures du Mans dans le but d’assurer la publicité de la Mustang. Mais Enzo désire coûte que coûte conserver la tête du service compétition de la marque, et cela fait échouer la transaction.

Mais paradoxalement, cet échec va sauver l’équipe et lui influer du sang neuf. Car c’est FIAT qui va s’engager financièrement auprès de Ferrari, avant de la racheter en 1969. Et à cette époque, en F1, L’argent c’est déjà le nerf de la guerre...

A suivre...

Christian_F1



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