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Il était une fois...
... la saison 1957

Dimanche 4 août 1957, circuit du Nurburgring. Juan Manuel Fangio est au volant de sa 250F, sur la première place de la grille de départ, attendant le signal pour s’élancer. A quoi pense-t-il ? Au cinquième titre qu’il acquerra peut-être au bout de cette course ? A Moss, qui n’est qu’en deuxième ligne, mais dont la Vanwall est en progrès constant ? Certainement à ses pneus qui ne dureront pas toute la course. Sans doute jette-t-il un oeil à sa gauche, pour apercevoir la Ferrari de Hawthorn, qui, elle, pourra aller au bout sans s’arrêter. Le drapeau du starter s’abaisse. L’argentin fait hurler le V8 de sa Tipo 2 et part pour ce qui sera sa dernière victoire. Une page est en train de se tourner.

Fangio a quitté Ferrari suite à des désaccords techniques et financiers, mais surtout l’argentin pressent que seules les Maserati sont capables de lui offrir un nouveau titre mondial. En effet, Alfieri a conçu l’évolution Tipo 2 « lightweight » de la 250F, curieusement un peu plus lourde, mais plus solide et plus puissante de 30 chevaux. Moss est parti chez Vanwall, mais, outre Fangio, Maserati engage Behra et Schell, deux pilotes expérimentés et rapides.

Ferrari aligne des Lancia D50 très modifiées, avec les curieux réservoirs-pontons réintégrés dans la carrosserie, qui porteront l’appellation de 801. Le staff technique a été renouvelé, avec l’arrivée de l’ingénieur Carlo Chiti, qui pousse à l’utilisation de nouvelles technologies. C’est ainsi que les études en soufflerie, les freins à disque et les amortisseurs télescopiques feront leur apparition progressivement chez la Scuderia. Pour piloter les 801, on trouve toujours le trio Musso-Castellotti-Collins, complété par Hawthorn qui revient dans l’équipe italienne.

Mais les italiens doivent désormais composer avec Vanwall, qui ne cesse de progresser. Chapman travaille toujours sur le châssis, qui s’améliore constamment. Il est d’une hauteur excessive, mais le superbe profilage aérodynamique réalisé par les ingénieurs de Lotus compenseront intégralement ce handicap. Vandervell, le patriote, est aux anges, il est parvenu à s’assurer les services de Stirling Moss, champion du monde en puissance. Son coéquipier sera Tony Brooks, recruté chez BRM, un étudiant dentiste pour qui la course automobile est un passe temps, mais l’un des meilleurs pilotes anglais de sa génération.

BRM a donc perdu Brooks et Hawthorn. Les P25 ont toujours de gros problèmes de tenue de route et de fiabilité. Comme chez Vanwall, on fait alors appel à Colin Chapman, décidément de plus en plus présent en F1, pour travailler notamment sur les suspensions. Les apparitions des P25 seront un peu décousues cette saison, avec trois forfaits et des changements de pilotes incessants. Entre autres, Flockhart, Salvadori et MacKay-Frazer, le talentueux pilote de Lotus en sport, qui trouvera la mort à Reims en F2, se partageront le volant de la BRM.

Cette année va marquer la résurrection de Cooper. Handicapé par l’antique moteur Bristol désormais dépassé, le constructeur s’était plus ou moins retiré de la formule 1, se contentant de F3 et de sport. En 55, il avait tout de même aligné en Grande-Bretagne la T40, première F1 à moteur arrière. Elle était pilotée par « Black Jack » Brabham, un australien de 31 ans, mécanicien de son état, qui vient chercher gloire et richesse en Europe après des début prometteurs en Australie et Nouvelle-Zélande.

C’est la F2 qui va ramener Cooper de belle manière à la F1. La discipline est plus ou moins tombée en désuétude depuis 1953, mais la CSI, avec une arrière pensée dont on reparlera dans quelques années, la réanime avec une formule 1500 cm3. Cooper va y lier son nom à celui d’un motoriste britannique, Coventry-Climax, à l’origine producteur de matériel industriel. Climax a développé en 1953 un moteur de F1 V8 de 2,5 L, le FPE Godiva, aussitôt abandonné par complexe d’infériorité, alors qu’il était en réalité sans doute plus puissant que le Mercedes. Cooper, à la recherche d’un moteur de F2, donne l’idée à Coventry-Climax d’adapter un banc du FPE. Le FPF, qui propulsera la Cooper-Climax T43, vient de naître.

La T43 sera une formule 2 très réussie. Cooper croit même qu’avec un moteur 2 litres, elle a ses chances en F1. Malheureusement, il n’a pas les moyens de financer l’évolution du FPF. C’est Rob Walker, l’héritier des Whiskys, qui le fera. La Cooper-Walker 2 litres sera pilotée par Brabham pour la première fois à Monaco. La graine d’une grande réussite vient d’être semée.

Fangio enchaîne les succès en début de saison. Il s’impose en Argentine, où comme l’année dernière, seules les marques italiennes ont fait le déplacement alors que Moss, qui pilotait une Maserati, a eu des problèmes mécaniques et revient bredouille.

Il gagne également à Monaco. Ferrari est endeuillée par les récents décès de Castellotti en essais, et du marquis De Portago aux mille miglia. Pour remplacer Castellotti, on fait appel à Wolfgang Von Trips, un allemand à la réputation de pilote rapide, mais casseur. La course de Fangio est facilitée par une erreur de Moss, qui accroche les Ferrari de Collins et Hawthorn. Brooks place sa Vanwall en deuxième position, confirmant la compétitivité des voitures de Vandervell.

A Rouen, pour le Grand-Prix de l’ACF, la tâche de Fangio sera plus difficile, mais il va faire une nouvelle fois preuve de sa classe éblouissante. Maserati lui propose de conduire un prototype de 250F à moteur V12 dont ce sera la seule apparition en course, sa puissance brutale la rendant difficile à conduire. Chez Vanwall, Brooks, blessé et Moss, malade, sont remplacés par Salvadori et Stewart Lewis-Ewans, une étoile de la F3 dont le manager est un certain Bernie Ecclestone. Fangio, parti en pole, n’est que troisième à la fin du premier tour, derrière Musso et Behra. Il parviendra tout de même à s’adjuger une nouvelle victoire, malgré une voiture rétive, aux pneus dégradés, blessée par un contact avec la 250F Behra, et malgré la pression de Musso, qui finit deuxième.

La série victorieuse de Fangio prend fin à Aintree, où les pilotes Vanwall sont de retour pour leur Grand-Prix national. Et ils sont en forme. Moss fait la pole, Brooks est troisième, à égalité de temps avec la Maserati de Behra. Fangio n’est qu’en deuxième ligne. Moss s’envole en tête, avant d’avoir des ennuis mécanique qui le forcent à s’arrêter à deux reprises. Vanwall finit par stopper Brooks pour donner sa voiture à Moss, qui repart 9eme, mais qui va gagner grâce à un pilotage magnifique, une remontée spectaculaire et un peu de chance : Behra, en tête, explose son embrayage et Hawthorn, deuxième, crève sur les débris ! Néanmoins, c’est la première victoire d’une voiture anglaise en Formule 1, et Cooper marque ses premiers points avec Salvadori.

Au Nurburgring, les Maserati, qui usent trop rapidement leurs pneus, partent avec des réservoirs à moitié plein et un arrêt prévu à mi-course. Les Ferrari, elles, partent pour une course non-stop. Les Vanwall, malmenées par le tracé bosselé, ne sont qu’en deuxième ligne. Fangio, que nous avons laissé à l’instant du départ, se fait surprendre par Hawthorn et Collins, mais l’argentin les redouble aussitôt et leur prend 7 secondes au tour. L’arrêt aux stands est censé durer 30 secondes et quand Fangio s’arrête, il a 28 secondes d’avance. Mais un écrou de roue roule sous sa voiture, les mécanos le cherchent à quatre pattes, l’arrêt dure en réalité 48 secondes et l’argentin repart avec une minute de retard. Ferrari croit avoir enfin gagné une course cette saison, mais Fangio pilotera comme jamais il ne l’a fait. Il va rattraper les deux Ferrari, les doubler dans l’avant-dernier tour, en battant le record du circuit, tournant 8 secondes plus vite que sa pole. A l’arrivée, éblouis par la performance, Hawthorn et Collins lui tombent dans les bras pour le féliciter. C’est la dernière victoire du champion, reconnue comme sa plus belle, et elle lui permet d’acquérir son cinquième titre.

Fangio a une dernière fois assis sa domination. La fin de saison sera verte.

Stirling Moss gagne en effet les deux dernières courses de la saison, à chaque fois devant Fangio. D’abord à Pescara, un circuit archaïque de 25 km, le plus long tracé de l’histoire de la F1, où Ferrari n’aligne qu’une unique 801 et où BRM est forfait, et pour finir à Monza, où la domination croissante des Vanwall est concrétisée : elles réalisent un triplé.

Résultats du championnat :

1er - Juan-Manuel Fangio (Maserati) : 40 points (46 marqués) 2eme - Stirling Moss (Vanwall) : 25 points 3eme - Luigi Musso (Ferrari) : 16 points.

Vandervell peut être heureux. Ses voitures ont enfin gagné, notamment lors de deux courses à haute valeur symbolique : à domicile en Angleterre, et en Italie, sur les terres de Ferrari et Maserati.

Maserati accède enfin à la victoire finale. Mais coup de théâtre, fin 57, elle doit se retirer de la compétition. La firme doit déposer le bilan suite à une sombre histoire de commerce de machines-outils entre les gouvernements argentin et italien. Les créanciers posent comme condition à la survie de la marque l’arrêt de ses activités en course automobile.

Désormais, seul Ferrari est en mesure de défendre la suprématie italienne face aux voitures anglaises. Mais en 57, ses voitures n’ont pas remporté un seul succès...

A suivre...

Christian_F1



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