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Il était une fois...
... Comment Rosberg a établit un nouveau record de vitesse moyenne sur un tour

Juillet 1985 : Il ne reste que quelques secondes avant le terme de la séance qualificative du Grand Prix d’Angleterre. Soudain, Keke Rosberg surgit à toute vitesse du virage Woodcote. Le « Finlandais volant » s’apprête à entrer dans l’histoire au volant de sa Williams-Honda.

Samedi 20 juillet 1985, circuit de Silverstone, Grande-Bretagne. On se congratule dans le clan Williams. Keijo Rosberg vient de signer une pole magistrale en 1’06’’107, reléguant Nelson Piquet, son plus proche rival, à plus de cinq dixièmes. La Williams rentre dans les stands. Son pilote s’extrait du cockpit. À la surprise générale il demande aussitôt que l’on chausse son deuxième train de pneu. La durée de vie très courte des gommes version qualifications fait penser que Rosberg à une idée derrière la tête.

13h55 : La séance de qualification touche à sa fin. La piste se vide, le bruit assourdissant des bolides s’estompe peu à peu, faisant place aux cris des milliers de spectateurs amassés dans les gradins acclamant leur héros. Rosberg fait une dernière fois le tour de sa monoplace. Sort scruter le ciel tandis que le silence envahi le stand Williams. Une fine pluie fait son apparition au bout du circuit. Mais cela n’effraye pas le moins du monde le viking. La chasse au chrono est son exercice favori, qui à lui seul représente l’expression ultime de la performance d’une machine et de son pilote.

D’un geste « The Flying Finn » écrase le mégot de sa cigarette, s’empare de son casque et lance : « OK, les gars, on y retourne ! » Alors que la Williams FW11 sort de son box pour un dernier galop, les relevés télémétriques révèlent une légère chute de pression sur un des pneus.

Il ne reste que quelques secondes lorsque la Williams passe la ligne pour entamer son tour lancé devant le regard médusé du public. Rosberg enchaîne les virages à une vitesse vertigineuse. Il déboule d’Abbey Curve et s’engage dans Woodcote. La Williams franchit la ligne en légère dérive. « En 30 ans de F1 je n’ai jamais assisté à un spectacle pareil », se rappelle Franck Dernie, ingénieur chez Williams. À la lecture du temps de son pilote, il comprend pourquoi Rosberg avait repris la piste : Etre le premier pilote de l’histoire à franchir la barre mythique des 160 mph !

« L’atmosphère était spéciale ce jour-là », raconte Tony Shakespeare, ancien chef de la division course chez Goodyear. « Tout le monde était conscient de vivre quelque chose de vraiment très spécial. » Quant au principal intéressé, 19 ans après, il admet : « C’était parfaitement inutile et ridicule de repartir, mais je n’ai pas pu résister à la tentation. C’est une des rare fois de ma carrière ou j’ai eu le sentiment de perdre tout contrôle. J’aurais pu rester bien sagement dans mon stand, mais j’ai fait passer un plaisir personnel avant un comportement professionnel. J’étais intimement persuadé que je pouvais aller plus vite, et il s’est avéré que j’avais raison. Cela dit je me suis laissé emporter, ce qui est fortement déconseillé si vous voulez survivre dans ce métier. »

Ce jour là, Rosberg entra dans l’histoire en devenant le pilote le plus rapide de l’histoire. N’en déplaise à Senna et ses 65 poles. Cet exploit n’aurait jamais eu lieu sans la complicité des têtes pensantes de l’écurie britannique : Franck Williams, Dave Stubbs (team manager), Patrick Head et Tony Shakespeare.

Pour le sympathique moustachu, ce record est un bonus dans son palmarès : « Quand j’ai commencé ma carrière en formule un j’avais trois objectifs : le premier était de remporter un Grand Prix, le deuxième de gagner à Monaco et enfin de devenir champion du monde. Je les ai tous atteint. J’ai même obtenu un record historique en prime. C’est agréable et gratifiant d’avoir réussit à réaliser mes rêves et sans trop d’égratignures, ce qui ne gâche rien. »

Ce record tiendra 17 ans. Il faudra attendre le Grand Prix d’Italie 2002 pour voir Juan Pablo Montoya, toujours sur Williams mais avec un bloc BMW cette fois battre le record du Finlandais. Le Colombien a réalisé ce jour-là un tour avec une vitesse moyenne de 259,827 km/h. Depuis Barrichello a fait mieux en 2004 sur ce même tracé.

Benoît Fraikin



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