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Il était une fois...
... la saison 1956

La saison 1955 s’était résumée à une domination totale des Mercedes et de leurs pilotes, Fangio et Moss. Début 56, Mercedes et Lancia, deux des équipes majeures, se sont retirées de la compétition. Fangio est parti chez Ferrari, et Moss chez Maserati. Les voitures italiennes vont-elles permettre aux deux pilotes de se mesurer ?

Ferrari a été sauvée fin 55 par le leg gratuit du matériel Lancia et un cadeau financier substantiel de FIAT, à titre de remerciement pour avoir largement contribué à la gloire de l’industrie automobile italienne. Les six Lancia D50, avec leur V8 semi-porteurs, vont sortir Ferrari de l’impasse dans laquelle l’ingénieur Lampredi s’était malencontreusement fourvoyé. Les techniciens Ferrari vont désormais travailler les D50, abandonnant définitivement les 625, 553, 555 et leurs dérivés qui ont causé tant de soucis. Seuls les pneus Englebert, moins performants que les Pirelli de la concurrence, et qui surtout s’adaptent très mal aux D50, posent encore problème.

Côté pilotes, Enzo Ferrari n’a plus de soucis à se faire. Il a engagé Fangio, pour une collaboration qui sera pour le moins houleuse et sans chaleur, mais dont on peut difficilement imaginer qu’elle soit improductive. Les coéquipiers du triple champion seront Castellotti, que nous connaissons déjà, Luigi Musso, grand espoir du sport automobile italien, qui, à 31 ans, a déjà couru les saisons passées sur Maserati, et Peter Collins, un britannique de 25 ans. C’est là un magnifique trio pour épauler Fangio. Mais à l’époque, le sport automobile est une activité cruelle. De ces trois pilotes, qui feront rugir de si belle manière les D50 en 1956, aucun n’a plus de trois ans encore à vivre...

Maserati fait toujours évoluer sa 250F. L’ingénieur Alfieri est bourré d’idées, c’est un explorateur. Peut-être trop, les pilotes n’arrivent pas toujours à suivre, à analyser, et à profiter de chaque invention. La plus notable innovation de 1956 sera la « Fuoricentro », une 250F au moteur décalé de 5° par rapport à l’axe de la voiture, afin de permettre d’abaisser le siège du pilote en déportant l’arbre de transmission. Fidèle à sa politique, la firme au trident aligne toujours de nombreuses voitures clients, dont celle de Jack Brabham. Stirling Moss, et Jean Behra, eux, ont statut de pilotes officiels.

On a laissé la saison dernière Tony Vandervell se débattre avec les problèmes de châssis de sa Vanwall. Hawthorn, désabusé, l’avait d’ailleurs quitté en cours de saison, et Vandervell l’avait remplacé par un américain, Harry Schell. Vanwall, équipe de motoristes, ne parvient plus à faire évoluer notablement le châssis dessiné par Cooper. Celui qui va se pencher sur le problème s’appelle Colin Chapman, qui connaît déjà des succès en sport avec ses Lotus. Avec ses aérodynamiciens, il va métamorphoser la Vanwall. Vandervell n’aligne en 56 que deux voitures. L’une est pilotée par Schell et il aimerait confier l’autre à un anglais, mais Moss préfère aller chez Maserati. La seconde Vanwall sera donc pilotée par Trintignant.

Quant à Hawthorn, il va papillonner. Il courra sur Maserati et Vanwall, mais il a été engagé par BRM, un constructeur qui court occasionnellement en F1 depuis des années. BRM, c’est l’anti-Vanwall. Une structure administrative énorme et lente, ce qui est un lourd handicap en sport. La P25 que BRM alignera en 56 n’est pas une gagneuse, loin s’en faut, mais son jour viendra...

1956, c’est aussi une page importante du sport automobile français qui se tourne. Par manque de moyens financiers, Amédée Gordini, le « sorcier », n’aligne que des T16 et T32 lourdes, difficiles à conduire, peu fiables et peu performantes. En fin d’année, Gordini disparaît de la F1, mais réapparaîtra ailleurs, plus tard...

Fangio commence fort la saison. Il fait la pole en Argentine, où seules les Maserati et les Ferrari sont présentes. Cette course est à l’image de ce que sera la saison. L’argentin est le plus rapide, mais sa D50 ne tiendra pas la distance. Il va gagner devant Behra et Hawthorn, mais après avoir repris la voiture de Musso.

Le Campionissimo devra à nouveau changer de voiture à Monaco, dont le circuit a été légèrement modifié suite à l’envol d’Ascari la saison dernière. Le plateau est au complet, avec Vanwall et BRM, mais le début de saison est difficile pour les constructeurs anglais. Les P25 ne parviennent même pas à se qualifier. Fangio fait encore la pole position, change encore de voiture, mais finit deuxième cette fois ci. C’est Stirling Moss qui a mené de bout en bout. Les deux rivaux sont bien là.

Ils vont de nouveau se battre pour la victoire en Belgique, où Fangio et Moss sont côte à côte en tête de grille. La bataille fait rage en course, mais ils vont devoir s’arrêter tous les deux, et c’est la Ferrari de Collins qui l’emporte, pour sa première victoire. Fangio a abandonné, mais Moss finit troisième sur la voiture de Perdisa.

L’une des deux courses clef de la saison sera Reims. Fangio est de nouveau en tête aux essais, auxquels Colin Chapman a participé sur une troisième Vanwall. D’entrée, les Ferrari de Fangio, Castellotti et Collins s’envolent en tête. Schell, qui a dû s’arrêter et changer de voiture, remonte sur eux de façon fulgurante. Chez Ferrari, on ne s’alarme pas outre mesure, car on croit la Vanwall à un tour. Mais elle n’est pas retardataire, elle vient lutter pour la victoire. Les coéquipiers de Fangio vont rouler de front pour contenir la Vanwall, mais ce stratagème sera inutile : l’anglaise a des ennuis mécaniques, et Fangio devra abandonner. Collins l’emporte pour la deuxième fois consécutive, et prend la tête du championnat.

Les constructeurs anglais voient-ils enfin leur heure arriver ? Peut-être... Deux semaines plus tard, à Silverstone, la grille de départ a une allure inhabituelle. C’est Moss qui est en pole aux côtés de la BRM P25 de Hawthorn et des Ferrari-Lancia de Collins et Fangio. Trois anglais sur quatre pilotes en première ligne : c’était inimaginable il y a quelques années. Mais Fangio va remettre les chose au point, en gagnant, sans changement de voiture cette fois-ci. Il remonte à un point de Collins au Championnat. Les BRM et les Vanwall n’ont pas tenu la distance.

Si les voitures anglaises commencent à s’illustrer, elles manquent encore de mise au point. Elles déclarent forfait en Allemagne. On estime qu’elles ne sont pas prêtes pour affronter le bosselé Nurburgring. Fangio y gagne devant Moss, Collins a abandonné alors qu’il luttait avec l’argentin.

Le championnat va donc se jouer au dernier Grand-Prix, à Monza, où l’on assiste à une course d’anthologie. Fangio a 8 points d’avance sur Behra et Collins, qui peuvent donc encore être sacrés champion. Tout est possible : Maserati aligne sa performante Fuoricentro, et les D50 sont très handicapées par leurs pneus dans le banking de l’anneau de vitesse.

Les Ferrari de Castellotti et Musso, survoltés devant les tiffosis, s’envolent au départ, mais déchappent simultanément au cinquième tour. La Ferrari de De Portago subit le même sort un tour plus tard. Castellotti renouvelle l’expérience au 9eme tour, sortant définitivement de la piste cette fois-ci. Fangio, lui, troisième derrière Moss et Schell, gère la situation et ses pneus. Quand la pluie se met à tomber, il passe en deuxième position, mais casse une biellette de direction.

Fangio attend alors aux stands, impuissant. Il lui suffisait de marquer un point pour être champion, et pour l’instant, il ne le marque pas. Le titre va lui échapper. La voiture de Musso s’arrête. Fangio s’apprête à la prendre, mais l’italien l’ignore et repart. L’argentin est-il vaincu ? Non ! La voiture de Collins s’arrête à son tour, et sans que Fangio ne lui demande quoi que ce soit, l’anglais lui offre spontanément sa monture. Fangio repart aussitôt en piste. Ce sera une course rocambolesque, riche en rebondissement, dans laquelle on verra par exemple Moss, en panne, se faire pousser par la Maserati de Piotti jusqu’à son stand, pour finalement l’emporter. Fangio, après une magnifique remontée, termine deuxième, à seulement 5’7 du vainqueur, il devient quadruple champion du monde !

Résultats du championnat :

 1er : Juan-Manuel Fangio (Ferrari) : 30 points (33 marqués)
 2eme : Stirling Moss (Maserati) : 27 points (28 marqués)
 3eme : Peter Collins (Ferrari) : 25 points

Personne ne critiquera jamais ce titre acquis par Fangio. Six poles, quatre meilleurs tours en course, et trois victoires sur sept Grand-Prix, la couronne est amplement méritée. Néanmoins, elle aura été acquise au prix de nombreux changements de voiture, et ses coéquipiers ont donc grandement contribué à la gloire de l’argentin cette année-là.

Par conséquent, il fut décidé qu’en 57 il faudrait conduire au moins un tiers de la course pour marquer des points, et que l’année suivante les pilotes ayant changé de voiture ne marqueraient plus de points. Les constructeurs n’auront donc désormais plus d’intérêt à aligner de si nombreuses monoplaces.

Ce ne sont certainement pas les constructeurs anglais, plus modestes que les grandes firmes italiennes, qui vont se plaindre de cette modification. Leurs voitures vertes, malgré une saison encore bien difficile, ont su montrer qu’elles n’étaient pas là pour faire de la figuration. Vont-elles enfin pouvoir triompher des italiennes ?

A suivre...

Christian_F1



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