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Il était une fois...
... la saison 1975

En 1974, Ferrari a créé la surprise en se montrant la principale équipe à pouvoir tenir tête aux excellentes McLaren M23. Et cette année, Forghieri fournit une nouvelle création : la 312T, Toujours propulsée par le 12 cylindres Boxer, qui dépasse désormais les 500 chevaux. Elle se distingue par un retour au châssis de type « aéro », simple et peu coûteux à construire, modifier et réparer, et par une boîte transversale qui diminue l’inertie polaire. Puissante et vive, la 312T est difficile à piloter, mais elle convient parfaitement à Lauda, et à son coéquipier Regazzoni, à qui le titre a échappé de justesse l’année dernière.

McLaren conserve sa victorieuse M23. Fittipaldi défendra son titre à son volant, mais Hulme, champion 1967 et pilote historique de l’équipe, se retire. La seconde M23 est confiée à Jochen Mass, qui a définitivement quitté Surtees.

Tyrrell, de son côté, a été agréablement surpris des performances de Scheckter, qui a pu se mêler à la lutte pour le titre en 74 au volant de la 007 de transition, très conventionnelle. L’équipe est donc reconduite, avec Depailler. Mais dans les cartons de Derek Gardner commence à mûrir une voiture qui elle, n’est pas conventionnelle du tout : Le projet 34.

Colin Chapman est en proie à des difficultés financières, et il doit limiter ses activités en F1. Après l’échec de la 76, Peterson et Ickx vont devoir piloter la Lotus 72 qui fera une saison supplémentaire, sa 6eme. Les 72 ont évidemment évolué, mais elles sont désormais dépassées. Au point que Ickx abandonnera Lotus en cours de saison, dégoûté.

Surtees et BRM sont également sur le déclin. La première équipe ne peut plus aligner qu’une TS16 pour John Watson, et la seconde une seule P201, bien peu compétitive. Brabham, par contre, est en phase de renouveau, comme Ferrari. Ecclestone dispose d’une équipe très performante, avec l’excellente BT44B, Reutemann qui a gagné 3 Grands-Prix la saison passée, et Pace, le talentueux brésilien.

La toute petite équipe Hesketh s’est également fait remarquer en 74. Lord Hesketh, mécène dans la tradition de Rob Walker, a eu raison de faire confiance à son protégé James Hunt, qui a réalisé trois podiums au volant de la 308 pour sa première saison, performance respectable si l’on considère la force de l’opposition. Cette année on verra par conséquent une seconde Hesketh apparaître aux mains du débutant australien Alan Jones.

Que deviennent les autres « petites équipes », qui alimentent fortement les plateaux de départ de l’époque ? March aligne une unique 751 pour Brambilla, « le gorille de Monza ». Williams fait courir les premières voitures qui portent son nom, les FW03 puis FW04 pour Merzario et Laffite. Shadow commence la saison avec une seule DN5 pour Jarier, avant d’en aligner une seconde pour Pryce, et de faire également participer une DN7 équipée du V12 Matra. Hill modifie des Lola T370, au point qu’elles finiront par s’appeler des Hill. Il en pilote une et en confie une autre à Rolf Stommelen. Deux équipes américaines, Penske et Parnelli, s’engagent officiellement en F1 et fournissent des montures à Mario Andretti et Mark Donohue. Ensign fait courir ses N174 pour des pilotes de second plan. Et pour finir ce tour d’horizon, il faut également parler de Wilson Fittipaldi, qui conduira dès le premier Grand-Prix pour une nouvelle écurie : Fittipaldi Automotive, plus connue sous le nom de son sponsor : Coppersucar.

Petites équipes, peut-être, mais en Argentine, surprise, c’est Jarier qui réalise la pole position sur sa Shadow DN5 devant la Brabham de Pace et Reutemann. Mais il casse au tour de chauffe, et Reutemann profite de la place laissée vacante devant lui pour passer son coéquipier au départ. La course est animée. Lauda, 3eme, ne peut résister à l’Hesketh de Hunt qui le passe avant de partir à la chasse des 2 Brabham. Pace, qui a entre temps pris la tête, part en tête à queue et au 26eme tour, Hunt prend le dessus sur Reutemann qui éprouve quelques problèmes de tenue de route. Mais derrière, Fittipaldi réalise une magnifique course. Il vient de passer Lauda, avant de remonter et de terrasser Reutemann, puis Hunt et de gagner.

Jarier réalise une nouvelle pole au Brésil. Peut-être le pilote français a-t-il été motivé par la rumeur selon laquelle Peterson désire quitter Lotus pour Shadow ? Quoi qu’il en soit, il est surpris par Reutemann au départ, mais il lui suffit de cinq tours pour reprendre le dessus, et la Shadow commence à se créer une confortable avance. Mais Jarier est finalement trahi par sa mécanique et doit abandonner. C’est Pace qui l’emporte, devant Fittipaldi qui a complètement manqué son départ, mais est remonté de la 9eme place.

C’était la dernière course de Graham Hill, double champion du monde, 14 victoires et 13 poles. C’est encore une page de la F1 qui se tourne, l’un des derniers des passionnés gentlemen de l’époque Clark qui disparaît. Place aux professionnels. L’anglais disputera encore les essais à quelques reprises, mais ne sera plus qualifié. Il disparaît le 29 novembre 1975, dans un accident d’avion, avec son pilote Tony Brise, immense espoir du sport automobile britannique, fauché en plein essor.

A l’issue de la campagne sud-américaine, les Ferrari 312B3 ont été largement surclassées par les Brabham et les McLaren. Ferrari attend impatiemment les débuts de la 312T en Afrique du Sud. Ils seront décevants : Lauda, ralenti par un problème d’alimentation en carburant, ne finit que 5eme et Regazzoni abandonne, alors que Scheckter l’emporte à domicile devant Reutemann et Depailler.

Mais en Espagne, les deux 312T sont en première ligne, à l’issue d’essais mouvementés. En effet, la GPDA s’est aperçu que les rails de sécurité ne sont pas correctement fixés, et elle appelle à une grève des pilotes. Mais les organisateurs font pression sur les constructeurs et les qualifications auront finalement lieu. Emerson Fittipaldi, lui, alors qu’il joue gros, aura le courage de ses opinions et ne fera qu’un tour au ralenti, refusant de se qualifier. Il ne prendra pas part non plus à la course. L’heure des Ferrari n’est pas encore venue : elles sont accrochées toutes les deux au départ dans un accident impliquant Brambilla et Andretti. La course est interrompue au 30eme tour : 4 tours plus tôt, après un début de Grand-Prix déjà passablement agité, la Hill GH1 de Stommelen, qui est en tête, sort de la piste après la rupture de son aileron arrière, passe par dessus le rail de sécurité et tue 5 spectateurs. Stommelen est grièvement blessé. C’est Jochen Mass qui l’emporte devant Ickx et Reutemann.

Les Ferrari ont été très malchanceuses à Montjuich. Mais à Monaco, Lauda réalise une nouvelle pole et gagne la course. Il a dû batailler, sous la pluie, avec la Lotus de Peterson, puis avec Fittipaldi sur piste sèche. Et en Belgique, Lauda récidive. Scheckter, qui part 9eme, parvient à remonter à la deuxième place en 8 tours seulement, mais il est impuissant face à la 312T de l’autrichien qui remporte une nouvelle victoire. Fittipaldi ne finit que 7eme, trahi par ses freins, et Lauda en profite pour prendre la tête du championnat. Il va aussitôt la conforter par une victoire heureuse en Suède, en ayant profité de l’usure des pneus de Reutemann et Depailler, et des casses de Jarier et Brambilla.

Celui qui sera finalement capable d’enrayer la machine Lauda-312T sera James Hunt. A Zandvoort, la Ferrari est encore partie en pole, sur piste trempée mais Hunt profite d’un changement de pneus pour le passer et gagne devant l’autrichien. Et au Castellet, où Jean-Pierre Jabouille fait ses débuts sur une troisième 007, Hunt finit deuxième derrière Lauda, après l’avoir repoussé dans ses derniers retranchements.

A Silverstone, modifié par l’adjonction d’une chicane à Woodcote Corner, c’est Shadow qui s’illustre à nouveau, cette fois-ci avec Pryce, qui réalise la pole. Mais le Grand-Prix sera extrêmement confus. Une première averse permet à 7 pilotes différents de mener la course, puis une seconde fait sortir de la piste 13 des 19 qui s’y trouvaient encore ! La course est arrêtée, et c’est Fittipaldi, qui a réussit à rester sur le tarmac, qui gagne devant Pace et Scheckter qui, eux, sont sortis.

Dorénavant, il faut des incidents de course pour empêcher les Ferrari de vaincre. Mais ils sont nombreux. Alors que Lauda a réalisé la première pole en dessous des 7 minutes sur le Nurburgring, et que les 312T semblent en position de dominer en course, celle du suisse est victime d’une rupture de son moteur, et l’autrichien crève ! C’est Reutemann qui profite de l’aubaine, devant un étonnant Laffite, pourtant parti 15eme.

Et à Zeltweg, c’est de nouveau la pluie qui vient contrarier les plans des rouges. Lauda réalise sa 7eme pole au cours d’essais endeuillés par la mort de Dononhue. Il part en tête, mais c’est Brambilla, qui profite des réglages pluie de sa March qui réalise la meilleure course. Il prend la tête et a construit une avance significative lorsqu’à mi-distance, le Grand-Prix est arrêté. En voyant le drapeau à damier, l’italien est fou de joie, il lève les bras en signe d’exultation et... perd le contrôle de sa March qui part en aquaplaning et s’écrase contre le rail de sécurité ! Mais Brambilla parvient à revenir sur la piste et à franchir la ligne en vainqueur, avec une voiture bien déformée...

Toujours est-il qu’en arrivant à Monza, Lauda est quasiment champion. Fittipaldi est battu, et il suffit d’un demi point à l’autrichien pour éliminer définitivement la menace Reutemann. Les deux Ferrari sont en première ligne, Regazzoni devant, une fois n’est pas coutume, et ce dernier s’envole en tête, alors que Lauda ménage sa mécanique et le laisse partir. Le suisse l’emporte, et si Lauda a dû s’incliner devant Fittipaldi, sa troisième place suffit largement à lui donner le titre.

L’autrichien va conclure une belle saison par une course parfaite à Watkins Glen, où il est parti en pole une nouvelle fois avant de gagner devant les deux M23 de Fittipaldi et Mass. Mais sa victoire sera légèrement ternie par l’attitude anti-sportive de Regazzoni qui a délibérément bouchonné Fittipaldi pendant plusieurs tours, ce qui lui a valu un drapeau noir.

Résultats des Championnats :

Pilotes :

 1er - Niki Lauda (Ferrari) : 64,5 points
 2eme - Emmerson Fittipaldi (McLaren-Ford) : 45 points
 3eme - Carlos Reutemann (Brabham-Ford) : 37 points.

Constructeurs :

 1er - Ferrari : 75 points
 2eme - Brabham-Ford : 54 points (56 marqués)
 3eme - McLaren-Ford : 53 points.

Il y a deux ans, les Ferrari étaient en échec permanent. En 1975, elles ont dominé largement la concurrence. A qui doit-on cette métamorphose ? Au talent de Lauda et de Forghieri, bien évidemment. Mais aussi à la passion, à la « vista », et au courage d’Enzo Ferrari, qui a su modifier en profondeur la structure de son équipe pour retrouver la compétitivité perdue.

Maintenant que les rouges sont revenus au sommet, qui pourra les détrôner à nouveau ?

A suivre...

Christian_F1



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