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Il était une fois...
... la saison 1973

Fin septembre 1973, Jackie Stewart et François CĂ©vert, coĂ©quipiers mais aussi proches amis, prennent quelques jours de repos aux Bermudes, avant le Grand-Prix des Etats-Unis. Stewart a atteint ses objectifs personnels et depuis des mois, il sait qu’il va arrĂŞter la compĂ©tition. Mais il n’en a pratiquement parlĂ© Ă  personne.

Alors il regarde CĂ©vert, mi-plaisantin, mi-sĂ©rieux, lui demander si il compte enfin prendre sa retraite. Le français, arrivĂ© « surprise » dans l’Ă©quipe en 1970, a su suivre les pas de Stewart, apprendre Ă  son contact. Et maintenant, au terme d’une excellente saison, il est prĂŞt Ă  prendre le relais. Alors Stewart a envie de lui dire "François, j’arrĂŞte, c’est ton tour". Mais il ne le fait pas, et cela restera pour lui un immense regret.

L’ambiance qui règne au sein du team Tyrrell, faite de respect et d’affection, fait merveille. Certes, l’annĂ©e dernière les Lotus ont finalement triomphĂ©, mais dĂ©but 1973, la 005 et sa soeur 006 sont enfin rĂ©ellement prĂŞtes, et Stewart est de nouveau favori.

Chez Lotus, l’Ă©tat d’esprit est totalement diffĂ©rent. Entièrement satisfait de la prestation de Fittipaldi en 1972, Chapman dĂ©cide pourtant de l’aiguillonner en lui adjoignant un redoutable coĂ©quipier : le très rapide suĂ©dois Ronnie Peterson, qui quitte March. Entre les deux pilotes au style diffĂ©rent, mais au talent comparable va se dĂ©velopper une rivalitĂ© tendue, encore exacerbĂ©e par la presse. Et c’est une rivalitĂ© au sommet : ils disposent tous deux de l’arme absolue : la Lotus 72.

Lauda a Ă©galement quittĂ© March pour piloter l’une des BRM P160E aux cĂ´tĂ©s de Beltoise, et il n’y aura plus qu’une seule 731 officielle, pour le français Jean-Pierre Jarier.

McLaren, de son cĂ´tĂ©, conserve Hulme et Revson, et aligne la nouvelle M23. La crĂ©ation de Gordon Coppuck n’innove pas sur le plan technique, mais elle est très travaillĂ©e, issue d’un Ă©troit partenariat entre ingĂ©nieurs et pilotes, mais aussi mĂ©caniciens. Elle compense ses quelques dĂ©fauts par une qualitĂ© de construction et une maintenance hors du commun Ă  cette Ă©poque.

Par contre, Ferrari se dĂ©bat encore avec ses 312B2 et B3. Regazzonni est parti rejoindre Lauda et Beltoise chez BRM, Ickx est maintenu, et il reçoit comme coĂ©quipier l’italien Arturo Merzario. Andretti, lui, s’est retirĂ© de la F1.

Chez Brabham, Ecclestone n’a pas renouvelĂ© le contrat de Hill, qui sera remplacĂ© par Wilson Fittipaldi comme coĂ©quipier de Carlos Reutemann. La nouvelle BT42 de Gordon Murray, presque un prototype, rompt avec l’hĂ©ritage technique de Brabham. Il se passe visiblement quel quechose dans l’Ă©quipe.

Williams a récupéré Galley et Galli pour piloter ses Iso Rivolta, et Carlos Pace rejoint Hailwood au volant des TS14 de Surtees.

Et cette annĂ©e, deux nouvelles Ă©quipes amĂ©ricaines Ă©quipĂ©es du DFV font leur apparition. Don Nichols, après avoir connu le succès aux USA, dĂ©cide de passer Ă  la F1. Ainsi, Tony Southgate, l’ancien ingĂ©nieur BRM, crĂ©e la Shadow DN1 pour Jackie Oliver et l’amĂ©ricain Georges Follmer. L’Ă©quipe fournira aussi des DN1 en kit Ă  Graham Hill.

Et pour finir, Morris « Mo » Nunn, ancien pilote de F3, devenu constructeur en 1970, franchit Ă©galement le pas. Sa marque, Ensign, a connu de grands succès en F3, mais aucun en F2. Toujours est il que son compatriote Frederick « Rickie » Von Opel lui demande une F1, et ainsi naquit la N173.

Mais 1973 est aussi l’annĂ©e de la disparition de Matra. Jamais la firme n’aura retrouvĂ© la gloire de ses dĂ©buts en F1. Mais elle poursuivra sa voie dans d’autres catĂ©gories, au Mans notamment. Amon trouve refuge dans les sporadiques apparitions des Tecno. C’est le dĂ©but du dĂ©clin pour ce pilote extrĂŞmement rapide et douĂ©. Les avis sur sa carrière resteront très variĂ©s : du talent malchanceux au gâchis par manque de professionnalisme.

Fittipaldi commence fort en remportant l’Argentine et le BrĂ©sil. Les Tyrrell ont du se contenter des podiums. Mais Ă  Kyalami, rĂ©ponse du berger Ă  la bergère, c’est Stewart qui Ă©crase la course, et Fittipaldi doit s’incliner d’un souffle, Ă  l’issue d’une magnifique bataille, devant la M23 de Revson pour la deuxième place. La course a Ă©tĂ© marquĂ©e par le violent accident de la BRM de Regazzonni, miraculeusement sauvĂ© par l’intervention hĂ©roĂŻque d’Hailwood qui a extrait son camarade inconscient de sa voiture en flammes. DĂ©cidĂ©ment, la sĂ©curitĂ© n’est pas encore chose acquise en Formule 1.

Mais en Espagne, Fittipaldi remporte une nouvelle victoire, et Stewart a abandonnĂ©. Le brĂ©silien est en position de force au championnat. Mais chez Tyrrell, on travaille dur, et le directeur technique Frank Gardner dĂ©cide d’appliquer l’une des solutions choisies par Lotus : il recule Ă  l’extrĂŞme la position de l’aileron arrière, dans le but d’accroĂ®tre son efficacitĂ©.

Et ça marche ! Stewart gagne Ă  Zolder, oĂą Fittipaldi est repoussĂ© Ă  la troisième place par CĂ©vert qui rĂ©alise une magnifique course et complète le doublĂ© Tyrrell. Et Ă  Monaco, le brĂ©silien et l’Ă©cossais vont s’expliquer pendant toute la course, mais c’est cette fois Stewart qui aura le dernier mot.

La lutte est intense au sommet, mais les M23 se montrent aussi Ă  leur avantage. Hulme l’emporte en Suède devant Peterson, alors que les deux Tyrrell et Fittipaldi ont souffert de problèmes mĂ©caniques. Et Scheckter, qui remplace exceptionnellement Revson, manque bien gagner au Castellet, en repoussant les assauts des deux Lotus. Mais il finit par s’accrocher avec Fittipaldi, et Peterson remporte sa première victoire.

Dans l’affaire, Scheckter a gagnĂ© le volant d’une troisième McLaren pour Silvestone. Jarier a laissĂ© tomber la F1, et la March usine est confiĂ©e au dĂ©butant anglais Roger Williamson, dont la carrière sera des plus courtes et dramatiques. Pour son premier Grand-Prix, il est Ă©liminĂ© au deuxième tour lors d’un immense et terrifiant carambolage provoquĂ© par Scheckter. Après le deuxième dĂ©part, la course est animĂ©e par un duel Peterson-Stewart. Mais les leaders Tyrrell et Lotus souffrent de nouveaux problèmes mĂ©caniques, et Revson glane une nouvelle victoire pour McLaren, devant Peterson et Hulme.

Les McLaren ont le vent en poupe. Par contre, l’Ă©quipe Ferrari, très déçue des performances des 312B3, dĂ©clare forfait Ă  Zandvoort. Fittipaldi, pas encore remis d’une violente sortie aux essais, abandonne au 3eme tour. Au 8eme, le drame a lieu devant les objectifs des camĂ©ras de tĂ©lĂ©vision : la March de Williamson heurte le rail, se retourne et glisse sur le dos, en flammes. Les secouristes restent Ă©tonnamment inertes, mais David Purley, qui pilote une autre March, s’arrĂŞte aussitĂ´t pour venir en aide. Il tente tout, jusqu’Ă  essayer de retourner Ă  mains nues la carcasse brĂ»lante de la 731. Mais rien n’y fera, Williamson trouve la mort. Ce drame gâche Ă©videmment ce qui aurait dĂ» ĂŞtre une fĂŞte pour Tyrrell : Stewart et CĂ©vert rĂ©alisent un doublĂ©, alors qu’aucune des Lotus n’est Ă  l’arrivĂ©e.

Mais les deux pilotes renouvellent leur performance au Nurburgring, alors que Fittipaldi, qui se ressent encore de son accident, ne termine que 6eme et que Peterson abandonne. Le brĂ©silien n’est plus que 3eme au championnat, dĂ©passĂ© par CĂ©vert, et si il veut prĂ©server ses chances, il doit frapper fort, et vite.

A Zeltweg, les 72E dominent aux essais comme en course. On croit que les Lotus tiennent leur revanche, mais Fittipaldi est victime d’une fuite d’essence Ă  6 tours de la fin et ne termine que 11eme. Peterson l’emporte, mais Stewart termine deuxième, et rĂ©alise par consĂ©quent une très bonne opĂ©ration. La fragilitĂ© lĂ©gendaire des Lotus leur a peut-ĂŞtre encore coĂ»tĂ© cher.

En effet, Ă  Monza, oĂą Ferrari fait son retour, Stewart est quasiment champion, et Chapman ne donne aucune consigne d’Ă©quipe Ă  ses pilotes. MalgrĂ© leur fragilitĂ©, les Lotus sont supĂ©rieures, et elles le dĂ©montrent Ă  nouveau en Italie en rĂ©alisant Ă  leur tour un doublĂ©. Mais Peterson, en gagnant, prive Fittipaldi de ses dernières chances. Stewart acquiert officiellement son troisième titre, et dans moins d’un mois, le 7 octobre, après son 101eme Grand-Prix, aux Etats-Unis, il raccrochera.

Entre temps, les McLaren rĂ©coltent un nouveau succès Ă  Mosport avec Revson, qui gagne devant Fittipaldi au terme d’une course qui a permis Ă  Lauda de s’illustrer sur la piste dĂ©trempĂ©e du dĂ©but de Grand-Prix. CĂ©vert a Ă©tĂ© blessĂ© aux chevilles lors d’un accrochage avec Scheckter, dĂ©cidĂ©ment bien turbulent.

Le français est tout juste remis pour Watkins Glen, qui doit ĂŞtre sa dernière course dans l’ombre de Stewart. Ce dernier veut lui annoncer qu’il lui cède la place, enfin. Comme un cadeau d’adieu. Mais il n’en aura pas l’occasion. Aux essais, la Tyrrell 006 est victime d’une sortie de piste d’une rare violence. La voiture est pulvĂ©risĂ©e, le rail de sĂ©curitĂ© en est arrachĂ© sur des dizaines de mètres, le français est tuĂ© sur le coup. Le ciel tombe sur la tĂŞte du team Tyrrell, qui dĂ©clare forfait. Stewart prend sa retraite un jour plus tĂ´t que prĂ©vu. En l’absence de l’Ă©quipe meurtrie, la voie est grande ouverte pour Lotus pour le championnat constructeur. Peterson l’emporte, Fittipaldi est 6eme et Chapman rĂ©colte un nouveau titre, au goĂ»t amer.

RĂ©sultats des Championnats :

Pilotes :

 1er - Jackie Stewart (Tyrrell-Ford) : 71 points
 2eme - Emerson Fittipaldi (Lotus-Fort) : 55 points
 3eme - Ronnie Peterson (Lotus-Ford) : 52 points.

Constructeurs :

 1er - Lotus-Ford : 92 points (96 marquĂ©s)
 2eme - Tyrrell-Ford : 82 points (86 marquĂ©s)
 3eme - McLaren-Ford : 58 points.

Le duel entre Tyrrell et Lotus, qui anime la F1 depuis 1968, a atteint son sommet cette annĂ©e. Mais la première a Ă©tĂ© anĂ©antie par la mort de CĂ©vert et la retraite de Stewart, sur lesquels Tyrrell misait tout depuis des annĂ©es. Et chez Lotus, ce n’est guère mieux. Fittipaldi, lassĂ© de cette lutte de tous les instants avec Peterson, dĂ©cide de quitter Chapman. Les deux Ă©curies vont-elles se remettre de ce chamboulement ? OĂą alors le temps est-il venu pour d’autres de dominer ?

A suivre...

Christian_F1



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